KINSHASA, 26 avril Congo Impact média CIM
L’entrée d’un acteur américain dans le secteur minier congolais, présentée comme une avancée majeure dans la diversification des partenaires de la République démocratique du Congo (RDC), est désormais entourée de questions sur la fiabilité des informations fournies par l’entreprise, selon des documents et sources consultés.
La société Virtus Minerals a acquis en mars dernier, pour environ 30 millions de dollars, des actifs miniers de Chemaf, dans le cadre d’un partenariat soutenu par des initiatives visant à renforcer la coopération entre Kinshasa et Washington dans les minerais critiques, notamment le cobalt.
Ce partenariat est présenté par les autorités comme une étape stratégique destinée à réduire la dépendance du secteur minier congolais vis-à-vis des acteurs chinois, qui dominent une large part de la chaîne d’approvisionnement du cobalt, un minerai clé pour les batteries électriques.
Cependant, des documents judiciaires et des informations rapportées par Reuters indiquent que Virtus Minerals aurait surestimé son expérience opérationnelle en République démocratique du Congo.
Une usine inactive présentée comme opérationnelle
Au cœur des interrogations figure une installation de traitement de cuivre et de cobalt située à Likasi, dans le Haut-Katanga.
Selon plusieurs sources et documents consultés, la filiale ROK Metals, liée à Virtus Minerals, aurait présenté ce site comme une usine en activité ou en développement, alors que l’infrastructure appartient à la société CAM Resources et serait à l’arrêt depuis 2012.
Les tentatives de relance ou de cession du site auraient échoué à plusieurs reprises, faute de finalisation des transactions ou de financement complet, toujours selon ces documents.
Aucune confirmation indépendante n’a pu établir que Virtus Minerals a effectivement acquis ou exploité l’installation en question.
Suspension d’un financement de l’USAID
En 2024, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) avait accordé une subvention de 2 millions de dollars à ROK Metals afin de soutenir la production de cuivre.
Mais ce financement a été suspendu quelques mois plus tard, après que l’agence a constaté des incohérences concernant la propriété et l’exploitation de l’usine mentionnée dans le dossier, selon des sources proches du dossier.
Aucun décaissement significatif n’aurait été effectué dans le cadre de cette subvention.
Questions sur la diligence des partenariats
Ces éléments soulèvent des interrogations sur les mécanismes de vérification préalable des partenaires impliqués dans des investissements stratégiques dans le secteur minier congolais.
Le projet Virtus Minerals s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération entre la RDC et les États-Unis, visant à sécuriser l’accès aux minerais critiques nécessaires à la transition énergétique mondiale.
Mais des experts du secteur estiment que cette affaire met en lumière des failles potentielles dans l’évaluation des capacités techniques et opérationnelles des investisseurs.
« Les autorités doivent s’assurer que les partenaires disposent réellement des actifs et des compétences qu’ils revendiquent », a déclaré Jean-Pierre Okenda, directeur de l’ONG Sentinel of Natural Resources, spécialisée dans la gouvernance des ressources naturelles.
Un test pour le partenariat RDC–USA
Pour Kinshasa, qui cherche à attirer davantage d’investissements occidentaux dans un secteur longtemps dominé par des entreprises chinoises, cette situation représente un test pour la crédibilité du nouveau cadre de coopération minière.
Dans un contexte de forte demande mondiale en cobalt et autres minerais stratégiques, la RDC se trouve au centre de rivalités économiques et géopolitiques croissantes.
Les autorités congolaises n’ont pas encore réagi publiquement aux informations concernant Virtus Minerals.
GYGYNE HAMBA CONGO IMPACT MÉDIA



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